
Communiqué (28/06/05)
DOCTEUR, JE PEUX LE TORTURER ENCORE UN PEU?
Sous l’Ancien Régime, les juges appliquaient couramment la « question ordinaire ou extraordinaire » aux prisonniers afin de leur faire avouer les crimes qu’ils avaient commis, et aussi ceux qu’ils n’avaient pas commis. Le tortionnaire était généralement assisté d’un chirurgien qui lui conseillait de poursuivre la torture, ou de l’arrêter si le suspect risquait d’avoir une crise cardiaque définitive avant d’avoir vidé son sac.
Dans leur course effrénée vers le progrès, les Américains
ont redécouvert cette coutume un peu oubliée.
La prestigieuse revue médicale « The New England Journal of
Medicine » a ainsi révélé le 23 juin 2005 (voir
le quotidien « IHT » des 25-26/6/05 p.4) que des médecins
avaient utilisé le dossier médical de suspects à Guantanamo
pour conseiller les personnels chargés des interrogatoires dans leur
dure tâche. « Ce prisonnier a un amour profond pour sa mère,
cet autre a peur du noir ».
Grâce à ces conseils éclairés, les médecins
peuvent indiquer aux tortionnaires, pardon : aux fonctionnaires américains,
comment jouer sur les terreurs et les phobies et aggraver le stress des
suspects pour les faire « craquer ».
Un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman n’y voit pas de malice.
Il faut bien comprendre, a-t-il déclaré, que les règles
de déontologie ne s’appliquent pas dans ce cas, car les médecins
ne sont pas là pour donner des soins, mais interviennent en tant
que « spécialistes du comportement » (« behavioral
scientists »). Ils font partie de ce qu’il appelle des «
behavioral science consultation teams », ou de « biscuit teams
». Tout va bien, donc.
Pas tout à fait, cependant. Devant la levée de boucliers des
associations de professionnels, le ministère de la Défense
a publié une déclaration destinée, paraît-il,
à éviter que des médecins agissent en contradiction
avec l’éthique médicale.