
Communiqué (22/06/05)
UN PRÉSIDENT DE LUTTE DES CLASSES
L’expression « lutte des classes » avait disparu depuis longtemps du vocabulaire de la presse américaine. Aujourd’hui, elle refait son apparition et les articles qui accusent George W. Bush de mener une politique de classe se multiplient. Voir entre autres les articles du « New York Times » repris par le quotidien « International Herald Tribune » (IHT) des 6/6/05 (p.2), 8/6/05 (p.6) et 11-12/6/05 (p.6).
En bref, mais il faut préciser que cela a commencé avant Bush
fils, les « ultra-riches » sont devenus les grands bénéficiaires
de la mondialisation. Les « ultra-riches », c’est-à-dire
le minuscule pourcentage de la population (0,1%), soit 145 000 contribuables,
dont les revenus ont été multipliés par deux et demi
depuis 1980 tandis que les revenus des 90% d’Américains les
moins riches baissaient pendant la même période.
Les ultra-riches gagnaient en moyenne 1,2 million de dollars par an en 1980.
Aujourd’hui, 3millions.
* * *
Mais ce n’est pas tout. Depuis son élection en 2000, Bush s’est
fixé deux objectifs prioritaires : réduire massivement les
impôts des riches, et surtout des ultra-riches, se comporter comme
le président des « lobbies » et d’eux seuls, ceux
du pétrole, des industries polluantes, du tabac, des assurances privées
(maladie et retraite), du complexe militaro-industriel (1) etc.
* * *
I. Bush a multiplié les baisses d’impôts. Avec un premier
résultat que l’on connaît -l’explosion des déficits
publics, financés… par le recours aux capitaux des pays en
voie de développement ( !), nous en reparlerons. Les mesures fiscales
décidées par Bush et le congrès républicain
sont censées profiter aux classes moyennes, c’est le thème
de la propagande de la Maison Blanche (IHT, 11-12/06/05). Le quotidien «
IHT » du 6/6/05 démontre qu’elles bénéficient
en réalité aux riches (10% de la population avec les ultra-riches)
qui empocheront 53% des réductions d’impôts d’ici
à 2015. Les ultra-riches (0,1% de la population, répétons-le)
auront droit à 15% de cette manne fiscale, soit – le calcul
est simple – en moyenne 150 fois plus que les autres Américains
!
* * *
II. Bush est le président des « lobbies », des groupes
de pression industriels et financiers.
Pour cette raison, il a rejeté le protocole de Kyoto signé
par Clinton et continue à nier contre toute évidence scientifique
les dégâts causés par les gaz à effets de serre
dont les Américains sont les recordmen toutes catégories.
Pas question de mécontenter le lobby pétrolier.
La National Academy of Sciences vient pourtant de déclarer que le
débat était clos sur le sujet et qu’il fallait réduire
ces émissions. Le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger
– républicain comme Bush – s’est engagé
il y a quelques jours à s’attaquer aux gaz à effets
de serre dans son Etat, en réduisant la consommation des véhicules
automobiles (ce que refuse Bush) et à promouvoir les sources d’énergie
non fossiles. Lui aussi déclare : « Le débat est clos.
Les données scientifiques sont claires, la menace aussi. Le temps
est venu de passer à l’action » (IHT,15/6/05 p. 10).
Ce qui est tout aussi clair, c’est que Bush a décidé
dès son élection de nommer à des postes-clés
dans les secteurs de l’environnement et de l’énergie
des représentants des « lobbies ».
Son conseiller en chef chargé des questions écologiques, Philip
Cooney a dû démissionner parce qu’il avait truqué
des rapports officiels prouvant le lien de causalité entre les émissions
de gaz à effets de serre et le réchauffement climatique (IHT
15/6/05 p.10 et 18-19/6/05 p.6) (2).
Ce Cooney était auparavant dans l’Institut américain
du pétrole. Il vient de se recaser chez Exxon (Esso, en France) Mobil,
une fois sa mission de sabotage des lois écologiques – prématurément
– terminée.
Autre saboteur de l’environnement : William Myers III. Il était
payé par les lobbies des sociétés minières et
des grands éleveurs de bétail. Tout naturellement, Bush lui
a donné un job au ministère de l’Intérieur qui
est notamment chargé des réserves indiennes, théoriquement
protégées. Il a logiquement œuvré en faveur de
l’ouverture de mines sur ces terres. Et il vient d’être
récompensé avec un poste de juge dans une cour d’appel
fédérale chargée des affaires concernant les lois sur
l’environnement dans l’Ouest – cette partie des Etats
Unis où les lobbies qui l’employaient réclament des
autorisations d’exploiter, donc de saccager, les zones naturelles
encore sauvegardées.
Il y a aussi Mark Rey, sous-secrétaire à l’agriculture
chargé de la gestion des ressources et de l’environnement.
Lui était employé précédemment par le lobby
des industries du bois. Tout naturellement il s’est servi de son poste
au gouvernement pour faire sauter un certain nombre de textes protégeant
les forêts du domaine public.
Quant à Robert McCallum, le ministre-adjoint de la Justice qui a
rendu un fier service aux cigarettiers (3), il n’était pas
employé auparavant par le lobby du tabac. Non. Mais il était
associé à une société d’avocats qui défendaient
les intérêts de la société R.J. Reynolds Tobacco.
Et n’oublions pas, « last but not least », que la définition
de la politique de Bush en matière d’énergie avait été
confiée à l’ancien dirigeant d’une société
pétrolière, le vice-président des Etats Unis lui-même,
Dick Cheney…
(1) les dépenses militaires US représentent
47% des mille milliards de dollars consacrés dans le monde aux budget
des armées (IHT, 8/6/05).
(2) Voir aussi « Le Monde » des 12-13/6/05.
(3) Sous l’impulsion de Clinton, le ministère de la Justice
avait engagé des poursuites contre l’industrie de la cigarette
en 1999. Il exigeait que les compagnies financent un programme de lutte
antitabac pour un montant de 130 milliards sur 25 ans. Le ministère
de la Justice de Bush a décidé de ramener la somme demandée
à … 10 milliards ! Les gaz à effet de serre, le tabac
: décidément quand la santé des Américains d’aujourd’hui
ou de demain est en conflit avec l’intérêt des lobbies
et des ultra-riches, le choix de Bush est vit fait (IHT, 10/6/05 p.4 et
11-12/6/05 p. 10).