
Communiqué (14/03/05)
LE CHEVAL DE TROIE AMÉRICAIN EN EUROPE
1. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les Américains, qui ont réélu triomphalement Bush en novembre dernier, sont en majorité hostiles à ses projets de réforme, à commencer par son offensive contre le système public de retraites (« Social Security ») au profit des assurances privées, qui coûteraient plus cher aux salariés et rapporteraient moins.
Plus généralement, indique le quotidien « International
Herald Tribune » du 3 mars 2005, les Américains veulent en priorité
des emplois, des soins médicaux bien remboursés et une retraite
de la « Social Security » sûre et suffisante. Le contraire
de ce que fait Bush.
Le locataire de la Maison Blanche risque de se heurter à un obstacle
inattendu : l’influence des syndicats dans la gestion des retraites
complémentaires.
Le quotidien « IHT » des 12-13 mars 2005 (p. 12) révèle
ainsi que les fonds de pension des syndicats atteignent un montant de 400 milliards
de dollars. Or ce sont les syndicats qui désignent les gestionnaires
de ces fonds. Ces derniers tireraient un énorme profit du plan Bush –
500 millions de dollars par an pendant _ de siècle. Mais ils risquent
de perdre infiniment plus si les syndicats leur retirent la gestion de leurs
fonds, ce qu’ils menacent de faire si ces gestionnaires, Morgan Stanley,
Merril Lynch, J.P. Morgan Chase entre autres, soutiennent le plan Bush.
Affaire à suivre.
2. En Amérique latine aussi, l’ultra-libéralisme de George W. Bush provoque des réactions de plus en plus hostiles. Le quotidien « IHT » du 2 mars 2005 (p. 4) précise que l’opposition aux thèses de Bush gagne du terrain. Une « vague rose » submerge le sous-continent sud-américain. Après le Brésil, l’Argentine, l’Equateur et le Venezuela, c’est l’Uruguay qui vient de donner un coup de barre à gauche. Même si cette gauche est divisée entre réformistes, comme Lula au Brésil, et radicaux, comme Chavez au Venezuela – qui vient d’ouvrir les portes tout grand au pétrolier français Total – la politique des Etats-Unis est battue en brèche dans ce qu’elle a toujours considéré comme son domaine réservé.
3. En Europe,
nous n’en sommes pas là.
D’abord, parce qu’en s’ouvrant à 8 pays de
l’Europe centrale et orientale – qui disposent chacun d’un
siège à la Commission européenne comme l’Allemagne
et ou la France – l’Union a introduit dans ses murs un véritable
« cheval de Troie » américain.
La plupart des pays de cette « nouvelle Europe » ont pour l’instant
– et aussi longtemps que leurs opinions le tolèreront – choisi
la voie ultra-libérale plutôt que celle du capitalisme social de
la « vieille Europe ».
Dans son numéro du 9 mars, le quotidien « IHT » explique
que les nouveaux membres de l’Union veulent une politique de « réformes
résolument libérales, et en particulier de réduction des
impôts afin d’attirer les entreprises [délocalisées
d’Europe occidentale] ». « Leurs modèles,
poursuit l’IHT, sont davantage la Chine et l’Inde
que l’Allemagne ou la France. »
Nous sommes prévenus.
Ainsi, la Lituanie et la Slovaquie, pour ne citer qu’elles, ont abandonné
l’impôt progressif sur le revenu, conquête démocratique
qui remonte en Occident à 1913 – au profit d’un taux unique
pour les riches comme pour les autres. La Hongrie s’apprête à
suivre.
Ces pays veulent que l’Union européenne s’engage dans la
même voie. D’où l’arrivée en force de
commissaires européens ultra-libéraux qui veulent démanteler
les lois sociales de l’Etat-providence, déréglementer totalement
l’économie, notamment les services qui représentent les
deux tiers du PIB européen.
Leur porte-drapeau est le nouveau président de la Commission, José
Maria Barroso, ancien premier ministre conservateur du Portugal. Son parti vient
d’être chassé du pouvoir par des électeurs apparemment
insensibles aux vertus du libéralisme que ce M. Barroso veut imposer
à l’Europe.
Certes, l’Allemagne et la France ont fait échouer le projet-fétiche
des libéraux de la Commission sur la déréglementation du
secteur des services. Cette directive aurait permis aux entreprises de services
d’envahir l’Europe de l’ouest sans avoir à respecter
les lois progressistes allemandes, françaises ou belges, et donc avec
l’atout maître que constitue leur main d’œuvre sous-payée
et sans réelle protection sociale.
MM. Schröder et Chirac ont donc provisoirement bloqué l’offensive
ultra-libérale.
4. Mais il ne faut pas sous-estimer le péril que représente l’influence croissante des libéraux au sein même de la vieille Europe.
L’Autriche a ainsi décidé de suivre l’exemple de la
Slovaquie et de la Hongrie et de réduire ses impôts pour attirer
les investisseurs.
Dans la France de Jacques Chirac, comme dans l’Amérique de Bush,
le gouvernement a baissé les impôts au profit des plus riches.
Il est évident en effet que 5 % d’impôts en moins rapporte
beaucoup plus aux revenus élevés qu’aux bas salaires. Et
cela ne fait nullement diminuer le taux de chômage, contrairement à
ce que prétendent les libéraux.
Les ultra-libéraux français, comme tous les tenants de l’idéologie
bushiste, veulent aussi réduire les charges sociales des entreprises
– donc le financement des programmes sociaux – et convaincre les
actifs de placer leurs économies en Bourse pour préparer leur
retraite.
Sur le premier point, et même si certaines entreprises ont des charges
excessives, il faut savoir que les coûts salariaux, c’est-à-dire
l’addition des charges sociales et des salaires, sont
nettement inférieurs en France à ce qu’ils
sont aux Etats-Unis et très inférieurs aux niveaux
allemands. Pour la simple raison que les salaires des employés et des
ouvriers français sont plus bas.
Sur le second, on sait ce que le Krach de 2001 a coûté aux retraités
français que leur banque avait envoyés au casse-pipe boursier
en 1999-2000 (voir le site sos-petits-porteurs.com).
5. La « Ligue anti-américaine »
- qui, redisons-le, est une ligue opposée aux idées de la droite
américaine – signalera aux électeurs, d’ici aux prochaines
élections, les politiciens français qui se feront ouvertement
ou en catimini les agents de l’ultra-libéralisme bushiste dans
notre pays. Et nous sommes prêts à accueillir et diffuser les informations
que nous communiqueront nos correspondants d’autres pays européens.
A vos plumes, ou plutôt : à vos souris !