Communiqué (08/03/05)

 

COMMENT FAVORISER LE TERRORISME:

MODE D'EMPLOI

 

 


1. Tous les démocrates se félicitent de l’extraordinaire volonté montrée par les Irakiens – sauf dans les zones à majorité sunnite – de participer aux élections malgré les menaces terroristes et les attentats. Il est clair que l’ensemble des peuples du monde ont soif de liberté et de démocratie. Dans les pays arabes, on l’a vu en Palestine et bien sûr au Liban, on le devine en Egypte et même en Arabie Saoudite. En Afrique aussi, au Togo où le dictateur défunt avait été dorloté par Jacques Chirac – son « ami personnel » - et par la gauche. A Madagascar, où le peuple a refusé en 2002 le trucage des élections organisé par l’ancien président, l’ « amiral » Ratsiraka avec la bénédiction de MM. Chirac et Jospin et l’appui de certains médias français.


On le verra sans doute en Chine, qui a sous les yeux l’exemple de la démocratie de Taiwan – Pékin fera t’il la guerre pour éliminer cette exception gênante ? – et où les populations rurales de l’intérieur n’accepteront pas indéfiniment gagner 300 dollars par an contre 3.000 pour les habitants des villes côtières de l’est en pleine révolution industrielle. (1)


Sans oublier la Géorgie, l’Ukraine, mais aussi le Kirghizistan et peut-être demain la Russie.


Dans la plupart de ces pays, il faut reconnaître que les Etats-Unis sont du bon côté. Un point à mettre à l’actif de l’administration Bush, eh oui.

 

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2. Cela dit, le moins qu’on puisse dire, c’est que les Américains n’ont pas la manière.


L’exemple le plus frappant est celui de l’Irak. Les Etats-Unis sont allés en guerre au nom de la loi du plus fort, sans aucune concertation avec les autres démocraties, ils ont fait preuve d’un mépris impérial à l’égard des populations civiles – l’affaire d’Abu Ghraib n’est qu’un exemple parmi d’autres – et, de plus, ils ont mobilisé toutes leurs forces au dépens de la lutte contre les terroristes de Ben Laden. Comme disent ingénument des responsables U.S., « On n’a pas réussi à attraper Ben Laden…. parce qu’il se cache !»


L’invasion de l’Irak encourage le terrorisme anti-américain de deux façons. Un : l’Irak, sorte de terrain d’entraînement, comme l’Afghanistan sous l’occupation soviétique, pour des combattants qui s’en serviront ensuite dans d’autres pays. Deux : la brutalité politique – « j’envahis l’Irak parce que je suis le plus fort » - a provoqué une vague de solidarité dans le Tiers Monde et chez certaines communautés immigrées en Europe qui prépare le terreau de futurs affrontements anti-occidentaux, et anti-démocratiques.


Sait-on que des tee-shirts pro-Ben Laden se vendent tous les jours dans des villes malgaches comme Majunga, alors que Madagascar est fondamentalement pacifique, on l’a vu avec la crise politique de 2002 où moins de 100 personnes ont perdu la vie en 6 mois – à comparer avec les 800.000 ou 900.000 morts du Rwanda ?

 

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3. L’invasion de l’Irak, malgré les espoirs démocratiques qu’elle suscite, renforce donc le terrorisme islamique.
Mais l’Amérique, si l’on en croit la presse U.S., se prépare aussi mal que possible à la guerre qu’elle devra mener sur son sol. C’est ce que souligne le quotidien « IHT » dans plusieurs articles récents des 21/02/05, 22/02/05 et 01/03/05. En résumé, les Américains négligeraient les véritables menaces qui pèsent sur leur sécurité.


Le 22 février 2005, le quotidien affirme que : « Occupée à mener la dernière guerre [celle du 11 septembre] l’administration Bush concentre beaucoup trop ses efforts et dépense beaucoup trop d’argent dans le domaine de la prévention des détournements d’avions de ligne », et pas assez pour protéger d’autres objectifs autrement plus sensibles : la protection des usines chimiques (il y a 123 « AZF » aux Etats-Unis), la fabrication d’armes nucléaires (considérée par Osama Ben Laden comme « un devoir religieux »), la sécurité de la centaine de centrales nucléaires américaines, celle des transports de matières dangereuses (seule la municipalité de Washington a pris des mesures de protection !), le contrôle des laboratoires biologiques qui fabriquent des germes d’anthrax ou de la peste et, peut-être la cible priorité actuellement, la sécurité des ports de mer.


Le quotidien « IHT » du 1er mars 2005 rappelle ainsi que six millions de containers entrent chaque année aux Etats-Unis. Six millions de bombes potentielles.


Mais les 360 ports, dont les 10 principaux sont Los Angeles, Long Beach, New York et Oakland, n’ont reçu que 107 millions de dollars (sur 600 millions prévus) à la date du 1er septembre 2004. New York, qui accueille 12 % du trafic, n’a reçu que 7 % des crédits, qui ont été dispersés de façon absurde y compris dans des ports minuscules comme St Croix, aux îles Vierges, et Martha’s Vineyard, dans le Massachusetts, petit port très chic…


Une partie de ces crédits ont été attribués à des sociétés privées, sans contrôle sérieux sur leur emploi, et sans aucune garantie qu’elles n’en profitent pas simplement pour augmenter leurs bénéfices.


Plus généralement, les crédits affectés à la lutte anti-terrorisme aux Etats-Unis sont affectés trop souvent, non pas là où ils sont nécessaires, mais en fonction des intérêts politiques locaux. Exemple : 38 dollars par habitant au Wyoming ( !) contre 5,50 dollars à l’Etat de New York. Comme d’habitude.

 

(1) cf. l’ « International Herald Tribune » du 3 mars 2005