Communiqué (23/02/05)

 

LE VÉRITABLE OBJECTIF DE G.W. BUSH:

DÉMANTELER LA PROTECTION SOCIALE

 

 

Les Etats-Unis sont sur le plan social le pays le moins développé du monde occidental. Mais G. W. Bush ne se contente pas de « rogner » les dépenses sociales petit à petit – par exemple par la réduction des crédits alloués à l’aide à la petite enfance et à l’aide alimentaire pour les salariés aux revenus les plus faibles (« food stamps »). Il s’attaque méthodiquement et progressivement à l’ensemble du dispositif social mis en place par Roosevelt pendant la crise de 1929 et par Johnson pendant la période de réformes des années 1960.


Il n’affiche pas ses intentions, bien sûr, car il sait que la majorité des américains sont favorables aux lois sociales. Il le fait au nom de la nécessaire réduction des déficits publics. La lutte contre le terrorisme coûte très cher, donc il faut se serrer la ceinture.
En réalité, le déficit budgétaire U.S. explose parce que, parallèlement à la hausse des dépenses militaires, Bush et le Congrès républicain, ont réduit massivement les impôts payés par les plus riches. Comme l’écrit Paul Krugman dans le « International Herald Tribune » du 9/2/05, p. 7 : « La stratégie de la droite est claire : on baisse les impôts, et on utilise l’excuse du déficit budgétaire qui en résulte pour sabrer dans les dépenses sociales ». (1)


Tout pour les riches. Moins pour les pauvres et la classe moyenne.


Dans un éditorial du 31/1/05, le même quotidien dénonce un nouvel exemple du « corporate welfare », c’est à dire de l’« Etat-providence pour les entreprises » que Bush substitue à l’« Etat-providence » pour les pauvres et la classe moyenne. Les grosses sociétés implantées à l’étranger qui ont refusé de rapatrier leurs bénéfices aux USA pour éviter de payer des impôts, viennent de recevoir un énorme cadeau : elles pourront faire revenir ces bénéfices qui ne seront taxés qu’à 5,25 % au lieu du taux normal de 35 %. Le « jackpot ».


Johnson et Johnson va recevoir ainsi un cadeau de plus de 3 milliards de dollars (pour des capitaux de 11 milliards rapatriés), le géant pharmaceutique Schering-Plough, près de 3 milliards (sur 9,4 milliards), Eli Lilly, près de 2,5 milliards (sur 8 milliards) etc. Un autre géant pharmaceutique (Bush les adore), Merck, qui risque d’avoir à payer 18 milliards aux malheureux usagers du médicament VIOXX, pourra récupérer 15 milliards de bénéfices en économisant plus de 4 milliards d’impôts.


Quant à l’impôt sur les plus hauts revenus (IHT, 9/2/05), il est retombé au niveau de 1942.
C’est encore trop peu pour les ultra-libéraux au pouvoir aux Etats-Unis.


L’un des penseurs de la droite, Stephen Moore, du Club for Growth et du Cato Institute, le dit très clairement : « La « Social Security » (= système public de retraites), c’est le ventre mou de la protection sociale. Dès qu’on l’aura mis en pièces, tout le « Welfare State » suivra. »

 

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L’assaut contre le système public de retraites a commencé. Bush arrange les chiffres pour terroriser l’opinion en affirmant que ce système, la « Social Security » (créée par Roosevelt en 1935) court à la faillite. « Solution » : se financer soi-même sa propre retraite en plaçant ses économies qui seront censées fructifier et garantir des revenus suffisants à la fin de la vie de travail. On connaît le résultat de la campagne lancée en ce sens par les établissements financiers en France : des centaines de milliers de retraités ont perdu entre 30 % et 60 % de leurs placements réalisés en 1999 – 2000 (voir le site www.sos-petits-porteurs.com ).
L’intérêt est double pour le lobby des retraites privées :
1. Elles feront d’énormes bénéfices. Norma Cohen, journaliste au quotidien britannique « Financial Times » (voir son site www.prospect.org) et la commission britannique des pensions indique que les frais de gestion prélevés par les professionnels de la finance peuvent « absorber jusqu’à 20 – 30 % de l’épargne destinée à la retraite » (Paul Krugman, dans IHT des 15 – 16 janvier 2005).


Larry Rohter confirme ce constat dans un article du IHT du 28 janvier 2005 repris par le supplément en anglais du « Monde » en date du 5 février. Les « frais cachés » (hidden fees), ou frais de gestion et de fonctionnement, du système de retraites privé au Chili – considéré comme un exemple par les ultra-libéraux – peuvent représenter jusqu’à un tiers de l’épargne des futurs retraités.
2. Plus les futurs retraités dépenseront pour préparer leur pension privée, plus leurs cotisations au système public de retraites baisseront, et la faillite sera assurée, d’où un recours de plus en plus nécessaire au secteur privé !


Un point encore. Le système chilien est un modèle pour les « privatiseurs » des retraites et pour Bush lui-même, qui le cite souvent. Mais il marche tellement mal que l’Etat est obligé de consacrer 26 % de son budget aux personnes âgées pour leur éviter la misère totale, contre 19 % aux Etats-Unis !

 

(1) Même argument en France. On a baissé les impôts en pourcentage, ce qui profite surtout aux plus riches, et « on n’a plus d’argent » pour les fonctionnaires.