
Communiqué (06/02/05)
LA "SÉCU" PRIVÉE AMÉRICAINE:
UN VÉRITABLE DÉSASTRE
On le sait, plus de 40 millions d’Américains n’ont
aucune assurance médicale, publique ou privée. Les Etats-Unis
sont d’ailleurs le seul pays développé qui ne dispose pas
d’un système public de remboursement des frais médicaux
pour toute la population.
Le quotidien « International Herald Tribune » du 3 février
2005 (p. 10) apporte un éclairage nouveau, cette fois sur le mauvais
fonctionnement de l’assurance médicale, même pour ceux qui
en bénéficient.
Chaque année, des centaines de milliers d’Américains sont
ruinés et doivent se mettre en faillite personnelle, parce qu’ils
ne peuvent pas régler leurs dépenses médicales, et cela,
alors même qu’ils sont assurés. Ils représentent près
de 30 % des Américains qui doivent se mettre en faillite personnelle.
Deux raisons principales :
1. L’assurance, dans la plupart des cas, ne couvre le patient que tant
qu’il est employé par l'entreprise qui a souscrit le contrat d’assurance
– maladie au nom de son personnel.
2. L’assurance ne rembourse qu’une partie des dépenses médicales,
soit parce qu’une partie du coût, par exemple d’une opération,
reste à la charge du patient, soit parce que certaines dépenses
ne sont pas couvertes, notamment l’achat des médicaments. Or les
médicaments coûtent cher aux Etats-Unis.
Ce dernier point mérite d’être souligné. On peut mesurer
l’ampleur du problème en consultant la liste interminable des sites
Internet qui nous adressent, même en France, des publicités incitant
les Américains à acheter des médicaments moins chers –
mais sans qu’on ait toujours les garanties nécessaires.
Quelques exemples de messages reçus au cours du mois de janvier par un
de nos correspondants :
- Save 80 % on prescriptions (= ordonnances)
- Get more meds (= médicaments) at discount prices…
- Re : Canadian pharmacy
- You pay TOO MUCH for meds !
- Don’t get ripped (= plumés) by your pharmacy !
- Don’t miss this great New Year sale (= vente, mais aussi solde) at discount
pharmacy
- Order from Drugxstore (drugs au sens “médicaments” bien
sûr)
- Faster cheaper meds, etc.
D’autres articles du même quotidien précisent que l’administration
Bush, qui est très proche du lobby pharmaceutique, s’efforce d’interdire
l’entrée de médicaments canadiens, nettement moins chers,
sur le marché américain.
La situation ne peut qu’empirer. Des entreprises de plus en plus nombreuses
renégocient les contrats avec les assureurs privés pour en abaisser
le coût, et cela au détriment de leurs employés, qui sont
de moins en moins bien couverts.
Quelques chiffres, pour terminer.
- La santé coûte cher aux Etats-Unis. Selon le rapport 2002 de
l’Organisation Mondiale de la Santé, les Américains dépensaient
à cette époque 13 % de leur PIB en frais médicaux –
le pourcentage le plus élevé du monde – soit 4.500 dollars
par personne.
- Les Américains sont bien moins remboursés que les habitants
des autres pays développés, nous venons de le dire, mais il est
intéressant de comparer la situation dans différents Etats. Les
Etats progressistes comptent relativement moins d’exclus de l’assurance
médicale que la moyenne du pays (qui était de 15.2 % en 2002)
: 7,9 % dans le Minnesota, connu pour sa longue tradition démocrate (le
parti démocrate s’est d’ailleurs longtemps appelé
parti démocrate – paysan – ouvrier), 9,8 % dans le Rhode-Island
et 9,9 % dans le New Hampshire, qui ont voté pour Kerry en 2004.
A l’inverse, les pourcentages d’exclus les plus élevés
se trouvent dans des Etats conservateurs : le Texas (25,8 %), l’Etat de
George W. Bush, ou la Floride (17,3 %), l’Etat du frère, Jeb Bush.
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Depuis des décennies, le lobby médico-pharmaceutique
(American Medical Association, industrie pharmaceutique) et les assurances privées
s’opposent avec succès à la création d’une
sécurité sociale à l’européenne (la «
Social Security Administration », c’est essentiellement l’assurance
– vieillesse), qu’ils qualifient de « médecine socialiste
».
On voit le résultat.
On comprend aussi les objectifs réels des ultra-libéraux en France
qui veulent introduire la concurrence entre la Sécu et les assurances
privées, ou faire prendre en charge une part croissante des dépenses
médicales par ces assurances. Méfiance !