Communiqué (22/11/04)

 

LES JUGES "BUSHISTES" FONT LA CHASSE

AUX JOURNALISTES

 

Le journaliste Tim Taricani, reporter de la télévision NBC de Providence (Rhode Island) passera sans doute Noël en prison. Son crime : il refuse de donner le nom de son informateur qui lui a donné un enregistrement vidéo d’un responsable de la municipalité en train de recevoir une enveloppe bourrée de dollars. Rien d’illégal à cela, mais le juge fédéral conservateur, Ernest Torres, le condamnera le 9 décembre prochain à une peine de prison qui peut aller jusqu’à 6 mois. (1)


Le procureur spécial Patrick Fitzgerald, que Nicolas D. Kristof, du « New York Times », qualifie d’ « Inspecteur Javert de notre temps », veut la peau de deux journalistes, Judith Miller, du « New York Times » et Matthew Cooper, de « Time ». Fitzgerald est chargé de retrouver et de faire condamner les fonctionnaires de la Maison Blanche qui ont donné le nom d’une agente de la CIA mal vue des « Bushmen », Valérie Plame. C’est le journaliste Robert Novak, un conservateur bon teint, qui a diffusé l’information secrète, mais lui n’est pas inquiété.


Judit Miller et Matthew Cooper risquent en revanche d’être envoyés en prison par le juge conservateur Thomas Hogan le 8 décembre.
Dans une autre affaire, le ministère de la Justice soutient un procureur qui veut obliger deux journalistes du « New York Times » à lui livrer les enregistrements de toutes leurs conversations téléphoniques à l’automne 2001, ce qui les obligerait à donner le nom de tous leurs informateurs confidentiels.


Le but de ces opérations est clair : dissuader les Américains qui détiennent des informations gênantes pour Bush et pour son équipe de les révéler à des journalistes.


Les journalistes ne risquent « que » la prison. Ils ont bien de la chance, ironise Nicols D. Kristof, quand on sait que leur glorieux prédécesseur, John Twyn, qui avait lui aussi refusé de révéler ses sources, a été castré et étripé en public en 1663…


Bush est en tout cas mal placé pour demander au gouvernement chinois de libérer Zhao Yan, collaborateur salarié du New York Times à Pékin. A moins que les Chinois acceptent de rendre la liberté à leur ressortissant en échange de celle des journalistes américains condamnés par les juges républicains !


(1) voir le supplément en anglais du « New York Times » publié par « Le Monde » du 20 novembre 2004.