
Communiqué (09/11/04)
EN ROUTE POUR LE MOYEN-AGE
Le système judiciaire et pénitentiaire américain devient
chaque année plus répressif.
- Le nombre de prisonniers a ainsi littéralement « explosé
» depuis 25 ans. Il dépasse la barre des 2.200.000. A noter à
ce propos que certaines sources citent des chiffres beaucoup plus bas : 1.300.000
à 1.400.000. Ce décalage tient au fait que ces statistiques ne
comprennent que les prisonniers condamnés incarcérés dans
les prisons des Etats et du gouvernement fédéral et excluent les
quelque 700.000 personnes (prévenus et condamnés à moins
d’un an de prison) enfermées dans les prisons locales ainsi que
les individus incarcérés dans des établissements pour adolescents
ou pour militaires, dans les prisons des réserves indiennes, etc.
- La peine de mort a été rétablie en 1976 après
avoir été suspendue pendant plusieurs années par la Cour
Suprême des Etats-Unis. Elle est pratiquée dans une trentaine d’Etats,
surtout au Texas (l’Etat de George W. Bush) qui a mis à mort 289
condamnés entre 1977 et 2002 (plus du tiers des 820 suppliciés
de tout le pays), ainsi qu’en Virginie (87 exécutions pendant la
même période), dans le Missouri (59), dans l’Oklahoma (55),
la Floride – l’Etat du frère de Bush – (51), la Géorgie
(31), l’Alabama (25), l’Arkansas (24), la Caroline du Sud (28),
la Caroline du Nord (23), etc., tous Etats du Sud qui ont voté Bush en
2004.
La peine de mort, de nos jours, est censée être indolore –
ou presque. Pourtant, le site www.peinedemort.org nous apprenait en janvier
2004 que des condamnés à mort au Texas avaient déposé
des recours contre l’injection létale qui devait être pratiquée.
Le produit controversé, une drogue à base de curare, « provoque
de fortes contractions musculaires … et des souffrances terribles ».
Il aurait d’ailleurs cessé d’être employé par
les vétérinaires texans pour mettre à mort des animaux
domestiques.
Selon Amnesty International, ce produit, « le bromure de pancuronium paralyse
les muscles mais n’affecte pas le cerveau et les nerfs. Une personne qui
en reçoit une injection reste consciente mais ne peut pas se mouvoir
ni parler. »
Théoriquement, trois liquides sont successivement injectés dans
les veines des condamnés. Le premier endort le condamné. Le deuxième
– ce fameux bromure de pancuronium – paralyse les muscles et les
poumons. Enfin, le troisième provoque un arrêt cardiaque. Sauf
que les exécuteurs ne sont pas des médecins, très souvent,
et qu’il leur arrive d’intervertir les piqûres 1 et 2.
- La plupart des pays modernes ont supprimé le bagne et les travaux forcés.
Certains Etats et comtés américains les ont rétablis avec
les « chain gangs », groupes de condamnés enchaînés
qui travaillent en public, de manière à ajouter l’humiliation
à la dureté physique de la peine.
Les « boot camps » relèvent du même esprit. Il s’agit
de faire subir aux condamnés, hommes et femmes, les épreuves qu’ont
connues et que connaissent encore les jeunes recrues enrôlées dans
des corps d’ « élite » comme les « Marines ».
Le séjour dure normalement quelques mois et est souvent un substitut
à des peines de prison plus longues (voir le site www.boot-camps-info.com).
Ce site précise également que des « boot camps » ont
été créés pour accueillir des ados qui n’ont
pas été condamnés par la justice, mais que leurs parents
expédient dans ces camps disciplinaires pour les « dresser »
et « leur apprendre à vivre ». De nombreux excès ont
été constatés, des ados, garçons et filles, sont
morts d’épuisement ou à la suite de sévices. Tout
naturellement en effet, ces établissements attirent des personnels qui
y trouvent une bonne occasion d’exercer leurs penchants sadiques.
- Les versions modernes du « pilori »
Le pilori, qui permet d’exposer les condamnés à la risée
publique, a été supprimé dans nos contrées au cours
du XIXe siècle.
Depuis quelques années, il revient à la mode aux Etats-Unis sous
des formes nouvelles.
La plus courante consiste à condamner un(e) délinquant(e) à
porter une pancarte à la vue de tous – devant une école
ou dans une rue commerçante – qui explique que la personne a conduit
en état d’ivresse ou a volé dans un magasin.
Ailleurs, on présente à la télévision locale les
hommes qui ont « sollicité les services » d’une prostituée.
Les photos et le nom des condamnés sont également publiés
dans la presse locale.
Quand au shérif du comté de Maricopa (ville de Phoenix), dans
l’Arizona, il s’est rendu célèbre en installant des
webcams dans les cellules des prisonnières – on l’a vu à
la télévision en France – qui doivent de plus travailler
en costume rayé dans les rues de la ville.
Un juge du Maryland oblige les délinquants à demander pardon à
leurs victimes, à quatre pattes !
Le record, pour l’instant, est détenu (si l’on ose dire)
par plusieurs députés à la Chambre de l’Etat du New-Hampshire
qui ont proposé – heureusement sans succès – que les
jeunes délinquants, par exemple les auteurs de graffitis, soient fouettés
fesses nues avec un battoir (« paddle ») sur les marches du palais
de justice du comté…
De façon plus courante, les personnes arrêtées sont menottées
et enchaînées, souvent sous l’œil des caméras.
L’ancien maire de New York, Giuliani, était un spécialiste
de ce genre d’exhibitions. Mais le quotidien « International Herald
Tribune » du 29 avril 2004 nous apprend aussi qu’au Texas, dans
la bonne ville de Highland Park, l’inspecteur Randy Millican n’a
pas hésité à passer les menottes pour l’emmener à
la prison locale à une institutrice retraitée de … 97 ans
! Motif : P.V. non réglés.Rien d’étonnant dans ces
conditions à ce que des détenus en Irak, en Afghanistan ou à
Guantanamo, aient subi les sévices que l’on sait. D’autant
que les humiliations dont ils ont été victimes ressemblent beaucoup
à celles que subissent les étudiants de 1ère année
à l’occasion de bizutages (« hazing ») et les jeunes
recrues dans certaines unités militaires.
(voir le site sos-bizutages.com
et les sites américains stophazing.org
et mashing.org, «
mash » veut dire « mothers against school hazing »).
NB : le journal « Le Parisien » du 9 novembre 2004 nous apprend
que George W. Bush, encore lui, a fait voter en 1997 dans l’Etat du Texas
une loi qui prévoit la castration chirurgicale volontaire pour les pédophiles
récidivistes de plus de 21 ans. Le même journal nous apprend par
ailleurs que des violeurs castrés en Scandinavie ont quand même
récidivé…